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Paris

Paris : une annonce de trois-pièces à 1 200 euros provoque 4 200 demandes en onze minutes, le score de solvabilité tranche

Le loyer réel était de 2 100 euros, un agent ayant interverti deux chiffres. L'appartement a été loué dans la journée, au prix corrigé, au candidat présentant le meilleur « score de résidence », calculé à partir de ses relevés bancaires, de son sommeil et de ses abonnements.

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L'entrée de l'immeuble, jeudi 8 octobre en fin de matinée
L'entrée de l'immeuble, jeudi 8 octobre en fin de matinée. Illustration Mediatart.

L'annonce est restée en ligne onze minutes, un mardi à 9 h 02. Un trois-pièces de 58 mètres carrés dans l'est de Paris, lumineux, refait à neuf, pour 1 200 euros charges comprises. À 9 h 13, l'agence avait reçu 4 200 demandes de visite et son serveur s'était mis en veille, « par instinct de survie », selon un employé.

Le loyer réel était de 2 100 euros. Un agent avait interverti deux chiffres. L'agence a corrigé l'annonce, prévenu les candidats, et constaté avec une certaine émotion que 3 900 d'entre eux maintenaient leur demande.

Classés par algorithme

Pour départager les candidats, l'agence utilise un logiciel qui attribue à chacun un « score de résidence », de 0 à 1 000. Le calcul pondère les revenus, l'ancienneté dans l'emploi, les abonnements souscrits et, depuis cette année, la régularité du sommeil, mesurée par la montre connectée du candidat, dont l'accès est « fortement recommandé ».

Un candidat qui dort mal est jugé « à risque de nuisances nocturnes ». Un candidat sans montre est jugé « opaque ». Le logiciel attribue enfin un bonus aux candidats dont les parents sont propriétaires, rebaptisés dans l'interface « garants à fort potentiel patrimonial ».

Notés sans le savoir

La plupart des candidats n'ont jamais su qu'ils avaient été notés. Ils ont reçu un courriel automatique les remerciant de leur « belle motivation ». Le gagnant affichait 987 points. Il a visité l'appartement une fois, l'a jugé « presque donné », et compte y passer trois nuits par mois.

L'agence défend « un outil d'objectivation ». Elle précise que le logiciel ne tient compte « ni de l'origine, ni de l'apparence », mais seulement « de ce que les gens ont », ce qui, reconnaît-elle, « revient parfois au même ».

Le score n'est pas calculé par l'agence, mais par un modèle d'IA vendu à des centaines d'agences, qui n'a jamais visité un appartement. Selon sa documentation, il a appris sur cinq ans de dossiers que les candidats « les plus fiables » sont ceux qui ressemblent le plus aux locataires précédents. Il recommande donc, en priorité, des gens qui habitent déjà là.

La lettre punaisée

Sarah, infirmière de nuit, était classée 212e. Elle avait joint à son dossier une lettre manuscrite, qui expliquait qu'elle dormait mal parce qu'elle travaillait la nuit, à l'hôpital, à deux stations de l'appartement.

Elle a reçu le courriel sur sa belle motivation. Elle l'a imprimé et punaisé au-dessus du canapé de sa sœur, où elle dort depuis six mois. Sa nièce de huit ans a écrit dessous, au feutre vert : « Tu peux rester. Score : 1 000. »

Bérénice Lhostal

Dossier : Vie chère

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