Après le 17 octobre, chaque lampadaire de France équipé d'un micro et d'un « référent écoute »
Un plan présenté comme une réponse « à l'écoute » de la colère sociale prévoit d'équiper 9 millions de lampadaires de microphones. Le document, consulté par Mediatart, confie leur supervision à un Haut-Commissariat à la Tranquillité qui n'existe pas encore.

Le document s'intitule « Rues attentives » et a été finalisé dimanche matin, à quelques heures de l'allocution. Il se présente explicitement comme une réponse « par l'écoute » à la colère exprimée samedi lors de la journée de mobilisation contre la vie chère.
Le principe tient en une phrase, soulignée deux fois : « Puisque les Français disent ne pas être entendus, l'État les entendra partout. » Chaque lampadaire public serait doté d'un microphone et d'un petit haut-parleur, reliés à un centre national.
Une réponse en trois secondes
Lorsque le micro détecte une plainte, identifiée par un lexique de 2 400 mots allant de « loyer » à « ras-le-bol », le haut-parleur diffuserait sous trois secondes un message apaisant : « Nous vous entendons. Votre préoccupation a été enregistrée. » Un numéro de dossier serait ensuite chuchoté.
La supervision reviendrait à un Haut-Commissariat à la Tranquillité, doté de 4 000 « référents écoute ». Leur fiche de poste précise qu'ils devront « entendre sans répondre, consigner sans juger, et transmettre sans délai à une autorité qui reste à créer ».
Les rues privées épargnées
Une annexe exclut du plan les voies privées, les résidences fermées et « les quartiers dont le niveau de satisfaction est déjà établi ». La carte jointe montre une France étrangement inégale : certains arrondissements ne compteraient aucun micro, quand une cité de banlieue en recevrait un tous les six mètres.
Un conseiller interrogé par Mediatart défend « une écoute proportionnée au bruit ». Il admet que la question de ce qui sera fait des doléances « relève d'une phase deux », sans calendrier.
Les doléances sont écoutées par un modèle de transcription qui les résume en trois mots-clés et un « score de colère » de 0 à 10. Un rapport d'étape note qu'au-delà de 7, la doléance est automatiquement reclassée « bruit urbain », ce qui permet d'afficher un taux de colère national stable à 6,9.
Rue des Glycines
Une commune pilote a déjà été équipée. Rue des Glycines, le lampadaire a enregistré en une semaine 212 plaintes, 40 disputes conjugales et une déclaration d'amour.
Celle-ci a reçu un numéro de dossier. Le jeune homme qui l'avait prononcée l'a noté sur un papier, et l'a donné à la jeune femme. Elle a dit oui. Selon le centre national, le dossier est toujours « en cours de traitement ».
Mathilde Cerquand
Dossier : Après le 17 octobre