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Congrès : un cabinet de scénographie recruté pour créer du suspense autour d'une candidature unique, applaudimètre obligatoire

À une semaine du congrès qui doit désigner son candidat, l'Alliance Nationale Souveraine, parti fictif en tête des sondages, a commandé une étude pour rendre « haletante » une élection à un seul nom. Le cahier des charges, consulté par Mediatart, prévoit un dépouillement de quatre heures.

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Une enveloppe scellée sur un plateau, sous un projecteur, devant une salle vide
Une enveloppe scellée sur un plateau, sous un projecteur, devant une salle vide. Illustration Mediatart.

Le cahier des charges compte 23 pages et a été envoyé à trois cabinets de scénographie événementielle. Son objet est formulé avec une franchise désarmante : « Créer une incertitude crédible autour d'un résultat certain. » Le congrès de l'Alliance Nationale Souveraine, parti fictif en tête des sondages, doit désigner son candidat dans une semaine. Il n'y a qu'un nom sur le bulletin.

Le document prévoit un dépouillement de quatre heures, avec résultats partiels annoncés département par département. Des « remontées contrastées » sont suggérées, par exemple un département à 97 % suivi d'un autre à 99 %, « pour entretenir la tension ».

L'enveloppe et le projecteur

Le cabinet retenu devra concevoir « un moment de révélation ». Une enveloppe scellée serait apportée sous un projecteur par un huissier, après un roulement de tambour de 45 secondes. Le cahier des charges précise que l'enveloppe « pourra contenir le nom attendu », sans exclure, « à titre symbolique », qu'elle soit vide.

Une option facturée à part propose un faux concurrent, joué par un comédien, qui se retirerait en larmes à mi-soirée « par sens de l'unité ». Elle est cochée.

L'enthousiasme sera mesuré

L'annexe technique décrit un applaudimètre relié à chaque siège. Les délégués dont l'enthousiasme serait jugé « insuffisamment spontané » recevraient une notification discrète sur leur badge, puis une invitation à rejoindre un « atelier de ferveur » au sous-sol, animé par un coach.

Les applaudissements de la tribune d'honneur compteraient double, ceux des délégués de province, une fois, ceux du personnel du vestiaire, « à titre consultatif ». Un tableau en coulisses afficherait en temps réel la « courbe d'adhésion » de la salle.

Le dépouillement de quatre heures serait animé par une IA générative chargée de produire en direct des « rebondissements crédibles » : un département qui hésite, une urne qui arrive en retard, une tendance qui s'inverse puis se rétablit. Le cahier des charges précise que l'IA « ne doit en aucun cas modifier le résultat, seulement l'émotion ».

Le vestiaire

Un délégué de Haute-Marne, Gérard, a lu le cahier des charges dans le train. Il a demandé au secrétariat s'il serait possible de voter blanc. On lui a répondu que le blanc figurait bien dans la charte graphique, en fond d'écran.

Il viendra quand même. Il a prévu d'applaudir, par politesse, au moment indiqué. Puis il ira fumer dehors avec la dame du vestiaire, qui lui garde son manteau depuis trois congrès, et qui est la seule personne de la soirée à lui demander comment va sa femme.

Bérénice Lhostal

Dossier : Présidentielle 2027

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